MASA 2026 – Par leur communication, 4 panélistes ont occupé la matinée du lundi 13 avril à la salle de spectacle de l’Insaac, à l’occasion de la plénière du colloque international sur « Les arts de la scène en Afrique, outil d’intégration économique et sociale » : Pr. Urbain Amoa, Pr. Yannick Akankoe Bedjo, Pr. Joseph Paré (du Burkina Faso pour la touche internationale) et Pr. Sidibé Valy (président du comité scientifique de ce colloque). Sous la modération de Pr. Emmanuel To Bi.
Intervenant sur « Diplomatie coutumière africaine et métacommunication : des clés pour une « pédagogie » des voleurs ancestrales à travers la création artistique », Pr. Urbain Amoa a su faire le lien entre diplomatie coutumière et création artistique. D’entrée, il a fait savoir, que, par son propos, il était surtout question d’établir la conjonction entre la diplomatie coutumière africaine et la métacommunication. En revenant sur ses 21 ans de recherches qui ont fini par aboutir sur la mise en place de la diplomatie coutumière africaine (Dca) comme réflexion à vendre au monde entier.
A l’en croire, le sacré ou l’invisible dans l’expression quotidienne des peuples est un vecteur de maintien de l’équilibre social tant dans sa dimension ludique que pour un usage à puissance didactique. Or, dira-t-il, nombre de pratiques religieuses-notamment celles des religions d’emprunt, non nécessairement spirituelles ni sacrées- ont assimilé la pureté spirituelle, voire le sacré, à une forme de diabolisation engendrant ainsi de façon consciente ou par mimétisme, chez le praticien négro-africain, un triple sentiment : doute, peur et rejet, et, par conséquent, un écart entre l’Homme africain » et ses pratiques spirituelles ponctuées par un art et une science de discursivité, voire un réflexe de distanciation.
Ainsi, retient l’expert en diplomatie coutumière africaine (sa création), en prenant appui sur l’entrée de l’élocution dans la rhétorique aristotéticienne (la théorie de l’élégance langagière) et la puissance de la métacommunication, la diplomatie coutumière africaine, un art et une science au service de la défense du sacré des valeurs ancestrales dans les créations artistiques, convoque la puissance du verbe et l’articité de la création, elle-même inspiration, donc de source divine : d’où la mystique de la création littéraire ou artistique.
« Dans cette aventure, le silence des humains n’est pas le silence des phénomènes météorologiques qui, en réalité, n’est pas toujours la pratique mécanique d’un geste si anodin puisse-t-il être, le regard du devin n’est pas que regard, l’utilisation des feuilles et l’écorce d’un arbre n’est pas qu’une utilisation superficielle. Là est donc, dans la case sacrée ou au pied de l’arbre à palabres ou encore au bois sacré, la nécessité d’un apprentissage structuré et rigoureusement planifié, une école culturelle et cultuelle soumise à une pratique savante des méthodes et des mécanismes ancestraux liés à différentes classes d’âge, à différentes sortes d’expressions susceptibles de contribuer à éviter, à résoudre et à transformer tout conflit en offrant aux tenants et instances de gouvernance locale un code de bonne conduite et de cohésion sociale axé sur ce que Carl Jung appelle synchronicité », a-t-il révélé.
Aussi, a-t-il ajouté, la création artistique n’est qu’une expression profane du sacré. « Je peux donc imaginer une scène théorique sans que cette scène-là ne soit chargée des vibrations mystiques traditionnelles. C’est-à-dire que je reproduis un fait, je reproduis un contexte. Mais ce qui va faire le sacré de l’objet, c’est donc que je porte un costume. Le costume a un langage. Mais ce langage-là pour celui qui lit le langage du costume verra des symboles, verra des signes. Toutefois il ne vivra pas la spiritualité », a retenu Pr. Urbain Amoa. Qui, au final, a reconnu que la création artistique va puiser dans le spirituel pour aller rendre accessible à tous un message qui est spiritualisé.
Ce que pensent les 3 autres panélistes sur le thème du colloque à travers les thématiques qu’ils ont traitées
Pr. Yannick Bedjo, traitant le thème « La scène comme texte : pour une stylistique performative des arts vivants », retiendra qu’il faut appliquer la stylistique au-delà du texte littéraire pour l’emmener vers les arts du spectacle. Estimant que le corps est le lieu premier d’une écriture, il plaide pour que l’on étende la stylistique au-delà du texte littéraire pour l’analyser du point de vue des arts vivants.
Pour ce faire, a-t-il avancé, il importe de dégager des (3) points essentiels. Notamment repenser le texte vers une textualisation performative. « Le spectacle peut être envisagé comme une écriture plurisémiotique mobilisant le corps, l’espace, la lumière… », a-t-il précisé. Et de soutenir que penser la scène comme un texte, c’est reconnaître en elle un organe formel dynamique d’une analyse rigoureuse.
Par ailleurs, Pr. Bedjo est pour que la question d’auteur soit redéfinie et dit qu’il existe plusieurs formes d’auteur avec un déplacement pluridisciplinaire. « Cette approche conduit donc à une redéfinition de l’auteur. Il peut être notamment chorégraphe, danseur, chanteur, slameur. Et c’est lui qui organise une dynamique de présence et de moyens expressifs », a-t-il constaté. Puis de souligner qu’analyser les formes, c’est aussi analyser les matières dont les artistes organisent l’expression.
« La stylistique du spectacle vivant permet de rendre visibles les relations entre l’auteur, le texte et la scène. Et penser la scène comme texte, c’est la reconnaître dans toute sa performance », est-il convaincu.
Quant à Pr. Joseph Paré, planchant sur « Mondialisation et culture : les arts du spectacle comme facteur d’intégration socio-africaine », il a rappelé l’historique de la mondialisation apparue en 1980 et l’histoire africaine de l’évolution des arts du spectacle. Pour faire savoir que les arts du spectacle sont ses éléments de développement économique et d’intégration. Avant d’admettre que la culture intéresse les autres enjeux sociétaux en cours.
« Il nous faut une résilience par la culture qui doit être protégée. Il est impérieux qu’une culture soit entretenue avec les autres cultures », a défendu l’ex-ambassadeur du Burkina Faso à Paris. Qui a appelé à la création d’aires macro-culturelles pour aboutir à des déferlantes d’intégration. En s’appuyant sur le cas de deux festivals dans son pays : le Festival international du théâtre de développement et le Festival international des marionnettes de Ouagadougou qui implémentent la mise à contribution des arts du spectacle dans le développement économique d’un pays.
« Les arts du spectacle sont des éléments de développement économique et d’intégration », a-t-il estimé. En ne manquant pas de s’enorgueillir du fait que « le Masa est un puissant moyen d’industrialisation de la culture. La résilience de la culture résulte de la culture elle-même ».
Enfin, Pr. Sidibé Valy, parlant d’ »Antériorité des arts du spectacle comme outil d’intégration », va s’intéresser à la transmission des valeurs humaines via les créations artistiques.
« Les arts du spectacle sont fondés sur le j.e.u. (jeu). Nous sommes des acteurs des personnages censés dire des choses dont vous avez le choix. Cette transmission se fait par les moyens que sont les arts du spectacle : la poésie, la musique, le récit, la danse, la fable et même le nu. Les arts du spectacle intègrent l’individu dans et à sa propre communauté. Les arts du spectacle sont à la fois texte, représentation gestuelle, langage ésotérique. C’est un art total. On transmet des valeurs à travers nos cultures et nos créations. L’art du spectacle est intégrateur dans son intégralité par sa socialité parce que fondé sur son mimétisme. Beaucoup d’éléments nous intègrent à nos cultures.
Tous nos arts sont intégrateurs. La transmission est au fondement de tous les arts africains. Et c’est à nous-mêmes de les valoriser et de les vendre ailleurs », a-t-il défendu. Et d’insister : « Les arts du spectacle ne sont pas tombés du ciel. Ils ont été convoqués, actés par les hommes ». C’est pourquoi il s’est aussi satisfait du fait que la transmission des valeurs culturelles intègre l’Homme dans sa propre communauté : « On transmet les valeurs avec la culture que nous avons en intégrant l’autre ».
Ledit colloque international a pris fin le mercredi 15 avril. Il est bon de souligner qu’il a, au total, accueilli jusqu’à 48 communications d’universitaires issus, entre autres, des universités Félix Houphouët-Boigny et Alassane Ouattara.
Marcellin Boguy

