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Danse | Yvan Talbot alias Doogoo-D : Le musicien qui fait ‘’C la vie’’

MASA 2026 – ‘’C la vie’’. Spectacle de Serge Aimé Coulibaly, chorégraphe burkinabè, a créé une forte sensation, ce mercredi 15 avril 2026, dans la salle François Lougah du Palais de la Culture d’Abidjan-Treichville, dans le cadre du Masa 2026. Le spectacle a été salué par un standing ovation. Une reconnaissance du travail exceptionnel effectué par Serge, ses danseurs, son ingénieur son, son ingénieur lumière et surtout par Yvan Talbot alias Doogoo-D (l’enfant du pays) qui compose la musique du spectacle en live.

Sur scène, le musicien est remarqué. Mieux, il porte le spectacle. Sa concentration, son attention, sa précision et son sens d’anticipation sont exaltants. En fait, Doogoo-D occupe une place prépondérante dans le spectacle. Il fait partie du décor. Installé du côté jardin de la scène avec ses instruments, le musicien guette comme un fauve ses proies (les danseurs). Il scrute, observe chaque geste, chaque soupir. Il clame comme une prière : « Dans la culture africaine, quand vous posez la main sur un tambour, il y a la danse devant. C’est indissociable ».

L’amoureux des danses et rythmes africains est dans une certaine connexion avec le mouvement du danseur.  Pour lui, c’est cette connexion qui fait toute la finesse et la richesse du rapport danse-percussion ou danse-musique. Et chaque chorégraphie, chaque mouvement sont pensés et ancrés dans la tradition. « On est parti sur l’idée du cercle et de l’initiation. Et, comme moi, j’ai fait aussi beaucoup de cérémonies des peuples africains,  les Bousangas, les Bissas du Burkina, les masques Kawa et Kondé de Guinée-Conakry, cette symbolique se perçoit aisément », explique Yvan Talbot.

Mais comment fait-il pour se connecter à huit danseurs au même moment ? « Il y a des choses qui relèvent de l’instant », philosophe-t-il. Avant de révéler : « C’est la connexion, ces étincelles, qui font qu’on ne choisit pas à quel danseur on va être connecté. Ida (ndlr : une danseuse) bloque sur un mouvement à un moment donné. Moi, je m’arrête au même moment. Et là, on va se regarder et quelque chose s’est passé. Et c’est ce qu’on recherche à chaque fois ».

« La composition musicale de Doogoo-D est vivante. Et c’est tout à son aise. « C’est très bien de faire du spectacle vivant. Chaque représentation ne se ressemble pas. On a le squelette, mais on n’a pas la même histoire », se satisfait le musicien. L’artiste utilise des Bougarabous de Casamance qu’il a fait tailler au Burkina. Certaines introductions empruntent des rythmes cubains,  yorubas. On entend du bolon (appelé n’goron en Côte d’Ivoire), ancêtre de la kora, un instrument négligé.

Derrière ses créations, Yvan Talbot mène un combat de conservation et de valorisation des instruments traditionnels africains. « On va toujours demander à un chorégraphe ou à un artiste africain d’essayer de mixer ses sonorités avec la musique classique occidentale. Moi, je ne suis pas du tout d’accord avec ce positionnement », proteste-t-il. Pour lui, la musique traditionnelle n’est pas figée. Elle évolue tout le temps.

Chaque représentation de « C la vie » à travers le monde est une occasion pour Doogoo-D de mettre en lumière la tradition africaine. D’en sortir souvent, mais de la sublimer au maximum.  « C’est très important pour nous de jouer en Afrique et de jouer partout dans le monde, parce que les réactions ne seront jamais les mêmes, selon les codes ».

Sanou A.