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Arts du spectacle : Adama Dosso donne les clés pour une intégration africaine réussie

C’est à l’amphithéâtre A du district de l’Université Félix Houphouët-Boigny que le ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères chargé de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’Extérieur, Adama Dosso, a prononcé, le samedi 11 avril 2026, la conférence inaugurale du Marché des arts du spectacle africain (Masa) 2026, dont la cérémonie d’ouverture s’est déroulée, le même jour, au Palais de la Culture Bernard Binlin Dadié de Treichville.

Devant un parterre d’étudiants, de professionnels de la culture, d’institutions et de partenaires, il a défendu avec conviction le thème central de cette 14ème édition du Masa : « Les arts du spectacle en Afrique : outils d’intégration économique et sociale ».

« L’Afrique ne s’unira pas seulement par ses marchés, mais par ses imaginaires », a affirmé d’emblée le ministre Adama Dosso, pour souligner que l’intégration africaine se joue autant dans les esprits et les cœurs que dans les traités économiques. Il a salué la vision du président Alassane Ouattara, qui fait de la culture un pilier essentiel de sa politique de développement, tout en rappelant les avancées de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), de l’Union africaine, de la Cedeao et de l’Uemoa.

Malgré ces progrès, Adama Dosso a reconnu que des « frontières mentales » persistent encore entre les peuples du continent. C’est précisément là, a-t-il réitéré, que le Masa prend tout son sens : au-delà d’un simple marché de transactions, il constitue un espace vivant de circulation des idées, des cultures et des sensibilités. «Le Masa n’est pas seulement un marché culturel, il est un laboratoire d’intégration en mouvement », a-t-il affirmé.

Quatre dimensions au cœur de la réflexion

Le ministre a structuré son intervention autour de quatre axes interconnectés. Sur la dimension sociale, il dira que les arts du spectacle (théâtre, danse, musique, conte, cirque) transforment la diversité en richesse partagée et déconstruisent les préjugés, favorisent le vivre-ensemble et servent d’outils de dialogue, de résilience et de réconciliation dans les contextes de crise. L’artiste devient ainsi un médiateur social qui construit un « nous africain ».

En ce qui concerne la dimension géopolitique, le ministre Adama Dosso a indiqué que, par la mobilité des artistes et la circulation des œuvres, les arts vivants accompagnent l’intégration régionale et exercent un véritable soft power. Ils portent ainsi l’image d’une Afrique créative et moderne sur les scènes internationales, renforçant la diplomatie culturelle du continent. Le Masa, reconnu par l’Unesco, joue un rôle clé dans les coproductions et les réseaux professionnels.

Relativement aux dimensions économiques et technologiques, le ministre a informé l’assistance que les industries culturelles et créatives (Icc) représentent plus de 2 250 milliards de dollars au niveau mondial et atteignent 45,3 milliards de dollars en Afrique (environ 3 % du Pib continental). Le cinéma et l’audiovisuel africain génèrent plus de 5 millions d’emplois, avec un potentiel de 20 millions d’emplois.

En Côte d’Ivoire, le secteur culturel est intégré au Plan national de développement (PND) 2021-2025 avec une contribution estimée à 4 % du PIB et l’ambition de créer des millions d’emplois d’ici 2030, a-t-il indiqué en substance.

Si le numérique amplifie ces opportunités via le streaming et les plateformes musicales, le ministre Adama Dosso a relevé des défis persistants : faible financement (souvent moins de 1 % des budgets nationaux), informalité, manque d’infrastructures, piraterie, faiblesse des droits d’auteur et obstacles à la mobilité des artistes.

Le ministre a, par ailleurs, rappelé les avancées ivoiriennes, dont la loi de 2014 sur la politique culturelle nationale et les décrets de 2021 sur le statut de l’artiste et la rémunération pour copie privée.

Sans politiques publiques solides, le potentiel restera sous-exploité, a indiqué le conférencier en abordant la dimension institutionnelle.

Adama Dosso a ainsi plaidé pour une gouvernance claire, des financements adaptés et une meilleure articulation entre culture, économie et développement durable, avec un rôle central pour l’Union africaine, la Cedeao et l’Uemoa.

Cinq chantiers pour l’avenir

Dans une approche prospective, le ministre a proposé cinq chantiers prioritaires pour la Côte d’Ivoire et l’Afrique : le financement et l’investissement par la création d’un fonds national des industries culturelles, incitations fiscales et mobilisation de la diaspora, le développement des infrastructures et de l’écosystème (développement de pôles créatifs, studios et salles modernes pour faire d’Abidjan un hub audiovisuel et musical en Afrique de l’Ouest, notamment), la formation et la professionnalisation des acteurs du secteur par la création d’écoles des métiers culturels, d’incubateurs et surtout d’un statut protecteur de l’artiste.

Il a également proposé le développement des plates formes numériques et l’appui aux innovations, par un soutien accru aux plateformes africaines et le l’appui à la souveraineté culturelle en ligne. Le ministre a terminé en proposant, en termes d’exportation et de rayonnement la création de grands marchés culturels, de tournées internationales pour aboutir au positionnement d’Abidjan comme capitale culturelle francophone d’Afrique, avec le MASA comme marché de référence du continent.

Une vision ambitieuse pour Abidjan et l’Afrique

Adama Dosso a conclu sur une note optimiste et mobilisatrice. Il a appelé à faire du Masa 2026 un véritable « chantier de construction de l’Afrique que nous voulons : créative, solidaire, inclusive et prospère ». « L’Afrique a longtemps exporté ses matières premières. Le XXIème siècle doit être celui où elle exporte aussi ses imaginaires, ses histoires et sa créativité », a-t-il souhaité. Et de rêver à haute voix : Abidjan comme capitale mondiale de la musique africaine et hub majeur des industries créatives du continent.

Cette conférence inaugurale, riche et engagée, a donné le ton d’une édition 2026 du Masa qui s’annonce comme un moment décisif pour repositionner les arts du spectacle au cœur du projet d’intégration africaine.

Depuis le samedi 11 jusqu’au samedi 18 avril, Abidjan vibrera au rythme des créations, des rencontres professionnelles et des échanges qui, espérons-le, se traduiront par des engagements concrets en faveur de la mobilité des artistes, du financement de la création et de la structuration des filières culturelles.

M’Bah Abou-Bakar