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MASA 2026 : Belle apothéose avec TIKEN Jah Fakoly et l’Orchestre philharmonique d’Odienné

La clôture de la 14ème édition du Marché des arts du spectacle africain (Masa) d’Abidjan, le 18 avril 2026, a vite pris des allures de moment de cours d’histoire. Sur la grande scène du Palais de la Culture, Tiken Jah Fakoly entre sous les ovations du nombreux public pour le bouquet final de cette édition. À ses côtés, une surprise de taille : l’Orchestre philharmonique d’Odienné. « Avoir un orchestre philharmonique à Odienné, pour moi, c’était incroyable », confie l’artiste, ému, avant d’attaquer les premières notes. Le duo inédit ouvre le bal pour une soirée de reggae symphonique et des messages panafricains.

Le concert démarre sur « Tata », « Plus rien ne m’étonne’’ et ‘’Djourou’’. Violons, cuivres et percussions donnent une ampleur solennelle aux textes de Tiken Jah. Le pari est osé, le résultat saisit l’assistance. Entre deux morceaux, le chanteur plante le décor : « Je veux lancer un message d’unité. L’Afrique de l’Ouest est divisée ». Les jeunes musiciens de l’orchestre philarmonique prennent congé de leur aîné. Place est alors faite au reggae pur pour deux heures de cours d’histoire et de combats.

Le reggae au service de l’unité africaine

La suite ressemble à un cours magistral. L’artiste enchaîne ses classiques et les charges : ‘’Le descendant’’, ‘’Quand le peuple a le pouvoir’’, ‘’Discrimination’’, ‘’Arica’’, ‘’Ça va faire mal’’, ‘’Tonton d’America’’, ‘’Soundjata’’, ‘’Politique kelê’’, ‘’Le balayeur’’, ‘’Quitte le pouvoir’’, ‘’On en a marre’’, ‘’Ouvrez les frontières’’, ‘’Missiri’’, ‘’Françafrique’’… Chaque titre est introduit, contextualisé, martelé. Le public, debout, reprend en chœur. Les mots qui claquent sont souveraineté, cacao et frontières. La musique s’arrête, les punchlines restent. « Le peuple a le pouvoir, mais il ne le sait pas. Quand il le saura, il gagnera tous les combats », chante le descendant des Fakoly. Et de poursuivre tout en regrettant : « Nous continuerons à réclamer la liberté politique et économique du continent. On ne peut pas être le continent le plus riche et avoir la population la plus pauvre ».

Dans ses explications, il fait ressortir que la plus grande richesse du continent, c’est le soleil. « Quand la Côte d’Ivoire va mettre un embargo sur son cacao, il n’y aura plus de chocolat en Occident », avertit-il. « Comment pouvons-nous être devant les États-Unis et l’Union européenne si on n’est pas unis ? », questionne-t-il.

Devant la foule immense et conquise, il soutient que l’Afrique est le continent du présent et non du futur comme on l’évoque souvent. En matière d’immigration, le reggaeman trouve qu’il y a quelque chose qui cloche. « Une injustice ! », avoue-t-il, avant de remarquer : « Tout le monde peut s’installer en Afrique et ils refusent qu’on aille chez eux».

En plus du message politique et panafricaniste, il y a eu aussi une note d’humanité avant le final. Avant d’entonner « Ouvrez les frontières », Tiken Jah Fakoly marque un temps : « Ceux qui ont encore leurs parents, il faut les appeler chaque jour. Car, quand ils ne seront plus là, ça va faire mal ». Le public applaudit, beaucoup filment, d’autres dansent sans interruption.

Après deux heures de concert-manifeste, les lumières se rallument à 23h06. Le Masa 2026 referme ses portes sur une image forte : celle d’un reggae militant adossé à l’excellence classique venue d’Odienné et d’un artiste qui transforme la scène en tribune pour l’unité ouest africaine, voire africaine.

Avec le chanteur rasta, ça a été un bouquet final à la hauteur du pari : faire de la culture le premier ciment d’un continent qui se cherche encore. Deux heures de musique et de messages politiques pour clôturer ce que Tiken qualifie de « l’une des éditions les plus réussies » du Masa.

Avant de quitter la scène, le reggaeman a pris le temps de remercier les autorités ivoiriennes pour cette biennale africaine des arts vivants qui l’a invité.  Notamment la ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, et aussi le directeur général du Masa, Abou Kamaté.

Omar Abdel Kader Tani