RENCONTRES PROFESSIONNELLES – Dans le cadre des échanges professionnels du Masa, un panel s’est ouvert ce 15 avril à la salle Christian Lattier du Palais de la Culture Bernard Binlin Dadié. Sous le label « La parole aux porteurs de projets », cette table ronde a réuni des acteurs majeurs des industries culturelles et créatives (Icc) du continent africain autour d’un échange d’expériences et de recommandations sur les stratégies de financement et de structuration des projets culturels.
Modérée par Adélaïde Kourouma (Gui née), consultante spécialisée en développement du secteur privé et des ICC (Industries créatives et culturelles), elle a réuni des experts représentant les grandes aires linguistiques sur le continent africain, notamment Ahlam El Morsli, directrice générale du Festival Les Rencontres chorégraphiques de Casablanca et codirectrice artistique de la Cie Col’jam (Maroc), Qudus Onikeku, fon dateur et directeur artistique de QDance Center et directeur du J. Randle Centre for Yorùbá Culture and History (Nigéria) et Luis Carvalho, directeur de l’association culturelle Elinga Teatro (Angola).
Il s’agissait pour ses experts de partager leurs expériences respectives autour de différents axes de réflexion. Concernant le volet relatif aux différentes stratégies de mobilisation de fonds, les échanges ont mis en lumière deux notions clés : résilience et innovation, indispensables pour évoluer dans des environnements souvent contraints. Ahlam El Morsli (Maroc) a partagé l’expérience d’un festival de danse contem poraine existant depuis 12 ans.

Sa pérennité repose sur une vision claire et un positionnement de niche permettant de mobiliser principalement des partenaires européens et des troupes bénéficiant déjà de financements internationaux. Les partenariats sont pensés comme des leviers pour intégrer progressivement des acteurs locaux et favoriser des dynamiques Sud-Sud. Pour Qudus Onikeku, le Nigéria a fait le choix d’un modèle économique différent caractérisé par l’autonomie et fondé sur la génération de revenus propres.
Cette approche consiste à développer une audience engagée prête à payer pour des services culturels. Cela repose sur une vision forte, une stratégie structurée et un important travail de construction d’une communauté, afin de garantir aux acteurs indépendance et liberté artistique. Luis Carvalho (Angola) a présenté les réalités d’une structure à but non lucratif orientée théâtre. Le finance ment repose majoritairement sur des subventions européennes, dont la mobilisation reste complexe et compétitive. Il souligne l’importance de la structuration organisationnelle pour améliorer l’accès aux financements et renforcer la crédibilité auprès des bailleurs.
Faisant place aux échanges avec l’assistance, les différents intervenants ont insisté sur plusieurs facteurs clés du succès d’une politique de financement du spectacle vivant. Aussi ont-ils unanimement reconnu la définition d’une vision forte et claire, l’élaboration d’une stratégie cohérente avec son positionnement et développement d’un modèle économique adapté. Cela permet, en outre, d’identifier et de comprendre les différentes sources de finance ment et de partenariats, de parler le langage des bailleurs, tout en restant fidèle à son identité et à son Adn, de s’entourer de compétences adaptées pour le montage de dossiers culturels et la structuration des projets.
Aux gouvernements et écosystèmes, les interventions ont recommandé, entre autres, de renforcer la collaboration public-privé pour développer des modèles adaptés aux réalités locales des Icc en s’inspirant des initiatives réussies sur le continent. L’exemple du Bénin a été cité, notamment à travers les interventions de M. Kodjo de l’Adac. Les dynamiques en cours dans d’autres pays francophones ont également été évoquées, comme en Guinée (portées par la Direction générale des Icc).
Luc-Hervé N’Ko

