Les experts préconisent que l’Afrique maximise ce qu’elle a comme potentialités. Conférencières, modératrice, artistes, producteurs, diffuseurs, journalistes ou simples curieux ont eu du mal à quitter la salle Christian Lattier à l’issue de la table-ronde sur ‘’Les fonds d’aide à la mobilité, cartographie et bonnes pratiques au profit des artistes, des œuvres et des professionnels africains’’ le dimanche 12 avril 2026. Car le thème passionne et l’heure et demie consentie pour en discuter s’est vite écoulée.
L’une des conclusions de la rencontre est que, pour bien assurer la mobilité de ses acteurs culturels, l’Afrique doit d’abord compter sur ses potentialités.
Autour de la dynamique modératrice Béatrice Waruinge de ‘’Connect for Culture Africa’’ du Kenya, les intervenantes Ouafa Belgacem de ‘’Culture Funding Watch’’ de la Tunisie, Diana Ramarohtra de la ‘’Direction de la langue française dans la diversité des cultures’’ de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et Mantchini Traoré de l’Institut français (IF) pour ‘’Connect & Create’’ de la France ont proposé des pistes de solutions pour satisfaire le problème de la mobilité en Afrique dans le monde des arts.
La table-ronde a dévoilé une cartographie claire des dispositifs existants et des bonnes pratiques pour optimiser les déplacements des artistes et des professionnels africains. « Nous sommes dans des pays qui ont très peu de moyens. Sur la question de la mobilité, il faut d’abord s’intéresser à ce qu’on a pour le maximiser », a proposé Ouafa Belgacem. Elle a pris le cas de l’Afrique du Sud qui préfinance les billets d’avion et autres visas en attendant de se faire rembourser sur les royalties des artistes.
« Il faut aussi se mettre ensemble », a-t-elle, en outre, souhaité. La panéliste a aussi donné l’exemple du Maroc où le mécénat et la philanthropie sont très développés au profit des artistes. Idem pour le Niger qui a opté pour un modèle interne de regroupement.
« Ce n’est pas normal que ce soient des investissements étrangers qui financent le déplacement de nos artistes. Cela enfreint à la souveraineté culturelle », a relevé Mme Belgacem. La Tunisienne a également noté que la meilleure stratégie pour financer la mobilité réside dans la philanthropie locale qui investit dans le secteur. « Que le cadre administratif favorise la philanthropie et le mécénat. Il faut favoriser l’accessibilité des ressources à tout le monde et à la diversité », a préconisé la spécialiste et d’indiquer qu’«il faut regarder en interne et réfléchir sud-sud ».
A les écouter, les panélistes ont toutes reconnu que l’analyse des mécanismes de financement, des critères d’éligibilité et des procédures administratives souligne l’importance de la mobilité pour la professionnalisation et le développement de l’économie culturelle.
Pour Béatrice Waruinge, « on a la vision pour atteindre la mobilité dans le développement culturel. Il faut qu’on arrive à se déplacer sans limite au sein du continent et même au-delà ».
Par des études de cas et des recommandations opérationnelles, cette table-ronde a offert des outils concrets pour renforcer l’information sur les opportunités de mobilité, optimiser l’accès des artistes et des professionnels aux fonds, favoriser la durabilité des projets et encourager des politiques locales mieux articulées aux enjeux du secteur créatif.
« La mobilité va au-delà des voyages. C’est un outil stratégique. Ça doit être une chaîne de valeurs qui doivent être inscrites dans la durabilité », a indiqué Mantchini Traoré.
Par ailleurs, elle a préconisé des conditions durables pour favoriser le développement culturel. « Aujourd’hui, la mobilité est une approche politique et de coopération. Il faut travailler entre organisations », a-t-elle prôné.
De son côté, Diana Ramarohtra a choisi la coopération culturelle. « Nous agissons sur la chaîne de valeur. Les lois et les conventions restent. Mais il faut mobiliser les Etats pour qu’ils sachent ce à quoi font face les artistes. Ces derniers et les biens culturels doivent avoir un statut particulier dans les échanges », a-t-elle suggéré, avant d’annoncer que l’Oif s’obstine à numériser les contenus culturels francophones.
Dans leur développement, les speakers ont été concises et précises. Cela a favorisé que la table-ronde se passe bien. De toutes les façons, après avoir défini la mobilité culturelle et dégager les principaux axes ou opportunités de mobilité actuellement disponibles, les spécialistes ont marqué qu’il persiste encore de grands obstacles. Elles ont cité pèle mêle la cherté des billets d’avion, des visas, les difficultés de connectivité, la question de la langue… Et, pour aider les artistes, il faut structurer leurs carrières et privilégier la coopération entre pays du sud.
Omar Abdel Kader TANI

