MASA Festival – Comment le divin se manifeste en chacun de nous ? C’est à cette question et à sa réponse que la compagnie ivoirienne Alkebulan Danse a donné de voir le jeudi 16 avril 2026 à la salle François Lougah du Palais de la Culture avec sa pièce intitulée ‘’Echos célestes’’.
Dans la salle noire, les ondulations des corps de trois garçons et deux filles souples sont soutenues par des cris aigus sortis de leurs entrailles. Les cinq danseurs sont tiraillés, chacun d’abord de façon personnelle, l’ensemble ensuite par un esprit (invisible), mais quasi permanent. Ils souffrent à s’en débarrasser. Mais cette souffrance est ressentie dans l’extase de la beauté et la délicatesse des pas de danse que les danseurs déversent sur la scène. Pendant plus d’une demi-heure, le public a suivi avec joie et consternation le récit dansé des cinq interprètes qui interrogent sur la construction de l’identité à travers le regard de l’autre et la quête de sens dans un univers en perpétuelle mutation.
Sur la scène, les cinq danseurs exécutent des rythmes, présentant plusieurs tableaux allant de la danse traditionnelle africaine vers des rythmes de la danse contemporaine. Mus dans le silence par la qualité de l’exécution des artistes et la tenue scénique, les spectateurs ont finalement trouvé de la force et de la voix pour faire un standing ovation à la fin du show.
En tout cas, vêtus de costumes noirs, sous des lumières sombres et parfois très colorées, les danseurs ont interprété avec professionnalisme le spectacle, pour le grand bonheur du public venu nombreux.
En fait, ‘’Échos célestes’’ de la compagnie ‘’Alkebulan Danse’’ s’inscrit dans une démarche chorégraphique contemporaine. L’œuvre évoque la problématique centrale du corps dansant qui traduit la tension entre perception de soi, influence extérieure et aspiration à une dimension transcendante. À travers une écriture chorégraphique dense et physiquement engagée, la pièce mobilise cinq interprètes dont la proximité corporelle, souvent marquée par des contacts directs et des imbrications de gestes, suggère une interdépendance des identités, comme si chaque individu se construisait dans et par la présence de l’autre.

« Dans Échos célestes, on voulait parler du rapport de chaque partie de divinité qu’on a en nous. On a travaillé sur comment nous représentons le divin à travers l’humain et le rapport à l’autre », a expliqué Henri Haddad, chorégraphe et metteur en scène du spectacle.
‘’Échos célestes’’ est une pièce de danse contemporaine créée en 2024. Elle plonge l’être dans l’obsession humaine pour le regard d’autrui. Cinq danseurs y explorent avec des chorégraphies percutantes notre fascination pour cette présence insaisissable à matérialiser, questionnant perception de soi via le prisme d’autrui, connexion au divin, place dans l’univers, les origines, les destins, les liens avec créateurs et héritage pour d’éventuels observateurs futurs, délivrant sagesse par langage corporel poignant. Alkebulan Danse fusionne audacieusement danses traditionnelles ivoiriennes/africaines et éléments contemporains/académiques. Le collectif, dynamique de cinq talents uniques, est dirigé par Henri Michel Haddad, danseur-chorégraphe-pédagogue. Dans sa pièce, le traitement de l’espace scénique, volontairement resserré et dominé par une obscurité enveloppante, crée une atmosphère introspective où les corps émergent comme des fragments de pensée ou de conscience, renforçant l’idée d’une exploration intérieure.
Omar Abdel Kader Tani

