INTERVIEW – Présente au à la 14ème édition du Marché des arts du spectacle africain d’Abidjan, dans la catégorie MASA Marché, la danseuse chorégraphe Khoudia Touré a fait parler le corps dans sa pièce intitulée « Óró » dont la signification Orari en latin renvoie à la racine du mot « parler ».
Le Journal du MASA : Votre pièce de danse urbaine présentée à cette 14ème Masa est intitulée «Óró ». C’est dans quelle langue ? Et cela renvoie à quoi exactement ?
Khoudia Touré : Pour la création de ce spectacle, je suis allée à la rencontre de jeunes adultes entre 20 et 30 ans dans différentes régions du Sénégal d’ailleurs, au nord du Sénégal, à Saint-Louis, à Dakar, mais aussi dans deux autres pays que sont la France et le Canada. Et l’idée de ce spectacle était de se baser sur ce qu’ils ont à dire, comment ils voient la projection vers l’avenir, vers le futur. C’est un spectacle qui a vraiment été basé sur la parole. « Oro » signifie « Orare » en latin, c’est la racine du mot parler. Oro, orare, l’art oratoire. Et il s’est trouvé aussi que, dans différentes traductions de la langue yoruba, Oro aussi avait ce sens de parler, mais dans le sens d’existence. Quand on nomme quelque chose, on le fait aussi exister. Donc je me suis dit que c’était intéressant d’avoir deux cultures très différentes et une similitude.
C’est une pièce très énergique… ?
Cette pièce est vraiment basée sur les états. En chorégraphie, on peut aussi parler d’état de corps. Dans quel état se met le corps lorsqu’il vit une certaine intention, une certaine émotion. Et comme la pièce a aussi voyagé dans différentes cultures, différents pays, différents environnements, elle a aussi été vraiment connectée à l’énergie du hip-hop, à l’énergie du krump, de certaines danses contemporaines. Et c’est vrai que cette fusion-là a donné aussi quelque chose qui a une intention.
Vous n’étiez pas seule sur scène. Vous étiez accompagnée de deux danseurs comme vous et qu’il y avait cette complicité. Pourquoi le chiffre 3 ?

Non, ça c’est une très bonne question. Alors, j’étais accompagnée sur scène de deux danseurs extraordinaires : Ryan Ami et Chris Dialli. Et, sur le choix du 3, en fait, je voulais vraiment travailler sur un trio parce que je pense que cela répond bien. C’est trois personnalités différentes, trois danses différentes. Mais la pièce, elle, existe aussi dans un format plus large, à huit, en format de groupe où j’invite sur scène des danseurs qui ont participé au processus de résidence. A l’occasion du Masa, on a choisi de jouer la pièce en trio.
C’est la première fois que vous jouez ici ?
En Côte d’Ivoire, oui. Pour dire que c’est ma première participation au Masa.
Et comment trouvez-vous cette participation ?
C’est très riche, c’est très challengeant aussi, parce que c’est un très grand festival. Il se passe beaucoup de choses. Il faut faire des choix très rapides pour être très préparé, planifier toute sa technique, savoir jouer dans des conditions qui sont un peu challengeantes aussi. Mais c’est vraiment une plateforme où on a l’opportunité d’être vu, de faire des rencontres avec des professionnels qui viennent du monde entier. Et, en tant que compagnie de danse, on a besoin de ces rencontres; un besoin vital même de se dire qu’on peut rencontrer des lieux de programmation, des lieux qui peuvent nous inviter à jouer, à accueillir le spectacle, différents professionnels. Je pense que c’est une très grande opportunité aussi d’être présent au Masa.
Réalisée par Fatou Kiné Sène

