INTERVIEW – La deuxième représentation de « La poupée barbue », un texte de d’Édouard Elvis Bvouma dans une mise en scène de Souleymane Sow, a eu lieu ce vendredi 17 avril 2026 au Goethe Institut. Le metteur en scène s’est livré au journal du Masa.
Le Journal du MASA : On vient de voir la pièce ‘’La poupée barbue’’, une mise en scène de Sow Souleymane. Pour faire un tel travail, qu’est-ce qui vous passe par la tête ?
‘’La poupée barbue’’ met en avant l’instrumentalisation de la jeune fille pendant les crises. La pièce permet de voir jusqu’à quel niveau on est en train de perdre notre humanité au profit de notre plaisir personnel. Voir une jeune fille instrumentalisée sexuellement pendant une crise pour atteindre ses objectifs, c’est très difficile. À partir du texte d’Édouard Elvis Bvouma, auteur camerounais, on essaie de parler des formes de violences menées sur les jeunes filles, la femme, l’humain, parce qu’on essaie de traiter la relation de l’humain à l’humain. A partir du texte, on interpelle sur le fait de faire attention à ces enfants qui n’ont pas demandé à faire la guerre. Ces gamins victimes d’une guerre dont ils n’ont pas été à la base, dont ils ne savent ni l’objet, ni l’intérêt. Mais ce sont eux qui en subissent les affres.
JDM : Quelle peut être la conséquence sur ces enfants ?
En me référant à la pièce, on voit une jeune fille qui est à la recherche de l’amour. Et cet amour est à tous les niveaux. L’amour paternel, maternel, relation entre homme-femme. La guerre- a créé une forme de confusion dans sa tête au point où elle n’arrive plus à situer toutes ces amours qu’elle recherche, jusqu’à quémander, à la fin, l’amour de Boy Killer.
JDM : En tant que metteur en scène, comment abordez-vous un texte aussi fort ?

Déjà à la base, le texte d’Édouard Elvis Bvouma est d’une puissance incroyable. Donc on essaie d’aller sur une mise en scène très subtile. Vu la violence de l’écriture, du contenu, on a fait l’effort de faciliter la consommation au niveau du public. On a essayé de trouver une relation scénographique représentant un certain nombre de bonhommes qui dépeignent l’univers visuel de la guerre. Et, après, ça nous amène à nous poser pour pouvoir aller chercher l’écoute, pour pouvoir entendre l’histoire de cette jeune fille-là. La relation et la présence scénographique de ce spectacle sont très importantes dans le discours et le langage qu’on veut présenter pour pouvoir faire passer ce message fort. A partir des objets de récupération de la vie de tous les jours.
JDM : Vous faites partie des incubés du Masa Lab. Quelle est la perspective après le Marché ?
On aborde ce Masa avec beaucoup d’optimisme. On est très serein. Parce que, juste avant le Masa, on a pu avoir des programmations à l’international. On est programmé au Congo. Et, à partir du mois de septembre, on doit être au Festival de Limoges. Je pense que c’est une bonne opportunité pour nous de pouvoir démarcher auprès des différents promoteurs, pour pouvoir nous accorder sur un certain nombre de dates et profiter de notre présence sur un certain nombre de territoires, afin d’avoir à faire des représentations. Donc on attend vraiment beaucoup de ce Masa. On remercie le Masa Lab, qui est un projet qui a permis de pouvoir mettre en place ce spectacle.
Sanou A.

